Election législative

Ce que doit être un représentant de la Nation

Madame, Monsieur,

Alors que les Français iront bientôt voter pour élire leurs représentants à l’Assemblée nationale, je souhaite souligner les points suivants :

Cette élection a lieu dans des circonstances de crise exceptionnelle que l’on ne peut ignorer. En particulier, nous pouvons nous attendre que nous soit annoncée à n’importe quel moment, la sortie de la Grèce de la zone euro (le week-end de la Pentecôte ne serait-il pas un moment « idéal » par exemple ?). Dans un autre registre, personne ne semble se soucier d’un danger très réel de guerre lié à la surenchère sur la Syrie et l’Iran mais aussi aux déclarations sans équivoque des Russes concernant l’obstination de l’OTAN à placer des systèmes ABM à leurs portes. Dans ce contexte, les députés qui vont être élus par les Français auront à décider sur des questions cruciales engageant l’avenir de notre pays pour très longtemps.

C’est pourquoi, il me semble important de préciser comment je conçois ce que serait mon rôle de députée si vous m’accordiez votre confiance.

Nombreux sont ceux qui réduisent le rôle du député à celui d’un genre de « super VRP » représentant la circonscription dans laquelle ils sont élus. Pour ma part, autant je suis profondément engagée à défendre les Français de Suisse et du Liechtenstein, autant je pense que leurs intérêts réels sont indissociables d’un changement en profondeur d’orientation politique.

Vous le savez tous comme moi, l’image des Français en Suisse est pour ainsi dire toujours vue sous l’angle de l’exil fiscal ou de ceux qui veulent profiter d’un système qui leur est favorable*. Certains candidats surfent allègrement sur cette vague en parlant des menaces de « traque fiscale ». D’autres, dénonçant avec raison cette caricature, apportent des propositions plus ou moins dignes d’intérêt destinées à répondre aux problèmes que rencontrent les Français vivant en Suisse. Face à cela, je dis : vous faites fausse route !

La réalité, c’est que la nature de la crise que nous vivons nous interdit de continuer comme si de rien n’était, comme s’il y avait des issues pouvant nous ramener au passé. Comme je l’ai déjà souligné dans mes différentes interventions, la Suisse n’est pas à l’abri de la tourmente qui se lève. Aujourd’hui déjà, celle-ci s’invite sur la scène helvétique avec – entre autres – des licenciements « en douce » dans le secteur bancaire, ce qui est hautement symbolique. On s’inquiète également des perspectives de paiement des retraites (système de capitalisation) qui reposent sur les performances des caisses de pension spéculant sur les marchés financiers. Malheureusement pour les retraités, les rendements sur les marchés financiers sont en baisse et il faudra bien un jour leur expliquer que leur pension va fondre comme neige au soleil. L’idée d’un îlot de prospérité que caressent certains devra finir par céder face à la réalité. Même les Chinois font l’amère expérience que la crise a pris pied aujourd’hui dans leur économie.

Aussi, il faut réfléchir à deux fois pour définir ce que l’on entend par « intérêts des Français en Suisse et au Liechtenstein ».

Outre les points que j’ai déjà énoncé comme étant la priorité absolue de mon action devant l’Assemblée nationale (voir ma profession de foi) et qui répondent à l’urgence de la crise, j’ajouterai d’autres éléments concernant directement les Français à l’étranger.

Le premier concerne les nouveaux députés. L’apparition de ces représentant de circonscriptions très particulières (puisque non liées au territoire français), devrait être l’occasion de repenser la relation de la France avec les autres pays et de dépoussiérer l’organigramme de nos relations internationales, qui en ont bien besoin. Au minimum, les représentants des Français à l’étranger devraient être de plein droit membres des groupes d’amitiés de l’Assemblée nationale. Cela permettrait de reprendre tout de suite une politique culturelle active de la France à l’étranger qui depuis plusieurs années a été négligée ou abandonnée.

Le deuxième point concerne les Français de l’étranger eux-mêmes. Dans les heures sombres qui ont vu l’abaissement de la France, c’est en dehors de la métropole que de Gaulle est allé chercher les forces vives prêtes à se battre. Aujourd’hui, les Français de l’étranger, dont un pourcentage non-négligeable a choisi l’expatriation car ne supportant plus de voir la France ne plus être que l’ombre d’elle-même, auront l’occasion de faire entendre une voix en faveur de cette « certaine idée » de la France.

Il leur revient donc de décider qui sera leurs représentants devant l’Assemblée nationale et, partant de là, ce qu’ils y feront : ou bien la défense d’une somme d’intérêts privés ou bien la défense d’une France fidèle à sa mission. Cette France, nous la connaissons au travers de l’œuvre d’un Charles de Gaulle mais aussi d’un Jean Jaurès :

« Il y a dans notre France, sur les problèmes vitaux, une inertie de la pensée, une somnolence de l’esprit qui nous exposent à toutes les surprises jusqu’au jour où se produisent ces lumineux réveils qui viennent heureusement, quoiqu’à de trop longs intervalles, sauver notre pays. »

Au moment où l’Europe de l’euro se désintègre, un réveil comme ceux qu’espéraient Jaurès est plus que jamais indispensable. Je m’engage à y contribuer.

* La Suisse risque progressivement de devenir moins attractive pour les riches Français : levée progressive du secret bancaire, et remise en cause du fameux « forfait fiscal » par les Suisses eux-mêmes. Ainsi, dans les cantons de Zurich et de Schaffouse, les citoyens ont voté il y a deux ans déjà, contre l’avis de leur Assemblée fédérale, pour l’abolition de « l’imposition à la dépense ».

 

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