France

“Quand un candidat à 0,25% terrifie le PS” ou “Les affinités électives PS/FN”

Demain, mercredi 16 décembre, à la nuit tombée (visiblement dans l’espoir que la majorité des députés seront tranquillement dans leur foyer et dormiront sur leurs deux oreilles), M. Jean-Jacques Urvoas et ses acolytes tâcheront de faire passer deux projets de loi portant réforme des “règles applicables à l’élection présidentielle“. 

Le citoyen “de base” pourrait légitimement penser qu’en ces temps tragiques pour la France (un mois après les attentats du 13 novembre, une semaine après un premier tour des Régionales dominé par le FN) et pour le monde les priorités du gouvernement sont ailleurs, que celui-ci a vraiment d’autres chats à fouetter. Que nenni !

Il semblerait même qu’il y ait “le feu au lac” puisque le projet de loi en question a été mis en procédure accélérée, permettant ainsi de le faire passer en cachette avant que les citoyens, qui n’en comprendraient pas forcément les enjeux, ne soient placés devant le fait accompli.

Alors justement, parlons des enjeux. En 1962, de Gaulle faisait adopter par référendum, contre les partis établis, l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Le peuple vota massivement (à 62%) en faveur de la proposition du président de Gaulle et ce, malgré l’hostilité quasi absolue de la classe politique en place.

L’enjeu était de permettre un contact direct entre la population et le pouvoir et surtout d’en finir avec le contrôle féodal des machines des partis sur la vie politique. En décidant de confier aux élus et aux maires des communes, des plus petites aux plus grandes, le soin de présenter les candidats (l’engagement écrit par lequel un élu qualifie un candidat, qu’il se reconnaisse ou non dans ses idées) de Gaulle court-circuitait la main mise des barons locaux ou nationaux sur l’élection du président de la République et donnait à des élus du terrain la responsabilité de faire émerger des idées et des hommes nouveaux.

A cette époque, il ne fallait que cinquante présentations (abusivement appelées parrainages aujourd’hui) d’élus pour qualifier un candidat. Les grands “démocrates” qui succédèrent à de Gaulle s’empressèrent d’en faire passer le nombre à cinq cent, créant un obstacle jugé suffisamment insurmontable pour garantir qu’aucun gêneur n’entrât dans la “cour des grands”.

Lorsqu’en 1965, Marcel Barbu – parfait inconnu – se qualifie pour l’élection présidentielle, au grand dam des bien-pensants de tout poil outragés qu’un citoyen “lambda” puisse bénéficier d’une couverture médiatique égale à ceux du sérail, de Gaulle rétorque simplement que, oui, il bénéficiera du même temps de parole que les autres, permettant ainsi aux électeurs de juger et de décider par eux-mêmes. Le soir du 5 décembre 1965, premier tour de l’élection, le verdict des urnes tombe, étonnant (sic), Marcel Barbu ne sera pas président de la République …

Aujourd’hui comme alors, les médias et le sérail politique sont bien plus scandalisés que des candidats (présentés par cinq cent élus de la Nation) puissent être présents à temps égal (quoiqu’une fois tous les cinq ans) sur les antennes et dans les journaux, que par la détresse de si nombreux Français ou par l’état de décomposition du pays. Et lorsqu’ils prétendent s’intéresser à la population, c’est avec ce souverain mépris envers “l’électeur consommateur”, tantôt jugé comme un sous-homme dont il faut arracher le vote après avoir l’avoir rendu groggy, tantôt comme un trublion imprévisible qu’il convient de tromper par la ruse.

Jacques Cheminade, deux fois candidat à l’élection présidentielle, en 1995 et en 2012, représente donc pour l’oligarchie française l’expression même ce qu’elle exècre au plus profond d’elle même : un citoyen indépendant, allant à la cause des problèmes et ayant un projet positif. Du point de vue de l’oligarchie française, il n’a donc pas sa place et tous les moyens sont bons pour l’éliminer.

“Mais Cheminade ne réprésente que 0,25% des voix, c’est ridicule de penser qu’il soit visé par ce projet de loi !”, pensez-vous en lisant ces lignes.

Eh bien, je vous engage à lire le petit texte ci-dessous qui vous montrera qu’à l’évidence, Jacques Cheminade obsède cette classe politique coupable de toutes les compromissions, bassesses et trahisons ayant abouties à la situation que connaît aujourd’hui notre pays. En tentant de préempter une éventuelle présence de Cheminade à la prochaine élection présidentielle, au moment où les Français chercheront désespérément des solutions crédibles, M. Jean-Jacques Urvoas fait, de toute évidence, le jeu du FN. Qu’il déploie une telle d’énergie à prévenir la possibilité d’une nouvelle candidature de Jacques Cheminade en constitue l’aveu flagrant.

Ajoutons que ce projet de loi, s’il venait à être adopté, dépouillerait insidieusement les Français de leur droit de vote. Qui peut ignorer aujourd’hui la force de frappe que représente les médias quand il s’agit de faconner l’opinion publique ? Certainement pas M. Urvoas et ses amis, qui s’apprête ainsi à sceller sur le dos de la Constitution la collusion entre la classe politique et les médias (ou, plus exactement, Bouyghes, Dassault, Bolloré, Lagardère, etc.). Du haut de leur position déterminante d’arbitres de la vie politique dans laquelle elles seront officiellement instituées, des officines médiatiques privées ou publiques, au “dessus de tout soupçon” et “parangons de vertu politique” se verront offrir sur un plateau d’argent le droit de dire qui a droit à la parole ou non pour se présenter au suffrage de ses concitoyens.

Enfin, une telle loi aboutira progressivement à l’avènement d’une vie politique encore plus verrouillée que jamais autour de la petite famille incestueuse de la politique française puisque les “petits” partis perdront petit à petit toute possibilité d’intervenir dans les élections “qui comptent” et seront condamnés à disparaître sauf, bien sûr, s’ils ont l’appui des partis “sérieux” en place ou des banques (ce qui revient à peu près au même). On verra se conforter une vie politique organisée autour de trois ou quatre “grands” partis ne faisant que défendre les différentes versions d’une même politique. Evolution à laquelle un M. Urvoas et ses amis des médias ne peuvent trouver que des avantages : l’apparence de la pluralité d’opinion sans l’inconvénient fâcheux du parti unique, un peu trop connoté historiquement …

Les propositions de loi d’Urvoas, chronologie d’un petit meurtre en famille

Karel Vereycken

 

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En mars 2002, Lionel Jospin avait estimé que la candidature de Cheminade en 1995 était « un accident », c’est-à-dire une faille du système. Son chef de cabinet s’appelait alors Olivier Schrameck (à gauche). Ce dernier, après avoir été secrétaire général du Conseil constitutionnel et participé à la Commission Jospin, préside aujourd’hui le CSA et propose de fortement réduire l’égalité de parole accordée aux candidats à la présidentielle.
Crédit : Reuters

Une pétition indépendante (à signer ICI), soutenu par S&P, a été lancée il y a quelques jours, pour protester contre les conséquences néfastes de deux propositions de loi du député socialiste Jean-Jacques Urvoas. « En cas d’adoption, dit cet appel, sous couvert d’empêcher l’émergence de “candidatures farfelues”, ces mesures livreront le pays au régime des partis, à l’opposé de l’esprit d’ouverture qui animait les fondateurs de la Ve République, pour qui il s’agissait du rendez-vous d’un homme avec le peuple français ».

Pour comprendre ce qui nous arrive, il n’est pas inutile de retracer ici la genèse des mesures portées par M. Urvoas aujourd’hui.

Commission Jospin

Tout commence au lendemain de la dernière élection présidentielle de 2012. Les grands patrons du système médiatique, de la bureaucratie d’Etat, du CSA ainsi que les grands candidats eux-mêmes (Sarkozy), se plaignent (voir encadré en bas de cette page) qu’une personnalité « inexistante » comme Jacques Cheminade puisse non seulement obtenir les 500 parrainages pour se présenter, mais de ce fait, obtient le droit de s’exprimer dans des conditions d’égalité durant les cinq dernières semaines précédant le scrutin !

Sous la pression de ses pairs, François Hollande, crée alors la « Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique », présidé par l’ancien Premier ministre Lionel Jospin.

Ainsi, le 16 juillet 2012, dans sa lettre de mission créant cette « Commission Jospin », le nouveau Président, précise :

La commission s’emploiera, en premier lieu, à définir les conditions d’un meilleur déroulement de l’élection présidentielle. Elle se prononcera notamment, à ce titre, sur la pertinence du système actuel de parrainage des candidats, sur les modalités de financement de la campagne et sur les règles applicables à l’expression des candidats dans les médias.

Lorsque le 9 novembre 2012, la Commission Jospin rend son rapport intitulé« Pour un renouveau démocratique », elle propose 35 mesures dont les six premiers portent sur l’organisation de l’élection présidentielle. Jugeant le système actuel désuet, la commission propose (Proposition 1, p. 14) que le parrainage des candidats par 500 élus au moins soit remplacé par « un parrainage citoyen » d’au moins 150 000 signatures.

Urvoas

Si cette première proposition n’est pas reprise, c’est bien la Proposition 3 (p. 26) du rapport de la Commission Jospin qu’on retrouve presque textuellement dans la législation proposée par Urvoas.

Jusqu’ici, la loi module la liberté d’expression des candidats lors des trois phases de la campagne présidentielle.

  • Lors de la période préliminaire (qui débute en général quatre à cinq mois avant le scrutin), les médias appliquent le principe de l’équité, c’est-à-dire que la couverture de presse d’un candidat est proportionnelle au nombre d’élus de son parti et à sa notoriété dans les sondages. Équitable ? En 2012, les chiffres donnés par le CSA parlent d’eux-mêmes : Nicolas Sarkozy et François Hollande ont bénéficié de près de 60% du temps de parole sur plus de deux mois et demi. Suivent Marine Le Pen (12%), François Bayrou (11%) et Jean-Luc Mélenchon (8%), puis Eva Joly, à 4,8%, Nicolas Dupont-Aignan, à 1,8%, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade, autour de 1%.
  • Lors de la période intermédiaire (qui commence lors de la validation des candidatures par le Conseil constitutionnel, c’est-à-dire environ cinq semaines avant le premier tour) jusqu’à la fin de la campagne officielle, c’est au contrairele principe de la stricte égalité qui s’applique. Il n’y a plus de « grands » ou de« petits » candidats, chacun dispose du même temps de parole.

C’est cette stricte égalité durant les cinq dernières semaines qui se trouve aujourd’hui remise en cause. Bien que la Commission estime qu’il faut préserver la stricte égalité durant la campagne officielle (deux dernières semaines), elle propose de la remplacer par le principe d’équité pour (les trois semaines) de la période intermédiaire, proposition méticuleusement reprise par M. Urvoas.

Tout le monde se rappelle qu’en avril 2002, M. Jospin, privé d’un deuxième tour à la présidentielle au profit de Jean-Marie Le Pen, au lieu d’accuser le désastre de sa propre politique, blâmait le surnombre de candidatures ! Or, comme le reconnaissent la plupart des politologues, si aujourd’hui nos concitoyens se portent de plus en plus vers le Front national, c’est notamment parce que l’exercice du pouvoir semble systématiquement réservé à l’UMPS et à personne d’autre !

Front national

Réduire de 60 % la rare période d’une élection majeure où des hommes et des femmes nouveaux puissent se faire connaitre et injecter des idées nouvelles pour « régénérer » le système, est la meilleure façon de promouvoir le Front national qu’on prétend combattre. Selon le décompte du CSA, la chaîne d’infos BFM-TV, qui s’était plaint de l’égalité de temps de parole accordé à Cheminade, a accordé 43 % de temps de parole au Front National lors des dernières élections municipales…

L’ironie de l’histoire, c’est que le sulfureux FN, en 2013, dans un communiqué, se déclarait « farouchement opposé à ce concept “d’équité” appliqué au partage du temps de parole pendant la campagne présidentielle » et « de surcroît favorable à l’extension de l’égalité stricte à une plus longue période (deux mois minimum) ». Mais ça, c’était avant. Car aujourd’hui, ce parti qui se veut si républicain et si opposé au « système », ne s’oppose aucunement au projet de M. Urvoas ! On le comprend ! Vu la couverture de presse impressionnante et du nombre d’élus dont ce parti désormais dispose, il aurait tort de réclamer l’égalité qui profiterait… aux autres !

La bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes plus les seuls à constater qu’aussi bien le PS que LR, embourbés qu’ils le sont dans des petits calculs, ont vivement besoin du FN pour se faire élire comme les élections régionales viennent de le démontrer.

A vous, à nous chers citoyens de nous mobiliser pour barrer la route au démantèlement des principes fondateurs de la République : liberté, égalité, fraternité !

Je SIGNE.

Ils n’aiment pas la stricte égalité de parole :

  • Jean-Jacques Urvoas, 9 décembre 2015, lors de la réunion de la Commission des lois, a déclaré : « Simplement, il y a une hypocrisie : quand Jacques Cheminade fait 0,25 % des voix au moment du vote décisif, il ne me paraît pas anormal qu’il n’ait pas exactement le même traitement. »
  • David Pujadas dans le Huffington Post du 17 mars 2012 : « Le problème que pose l’égalité du temps de parole est qu’elle nous oblige à accorder rigoureusement le même temps d’antenne à Jacques Cheminade qu’à Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Je n’ai rien à titre personnel contre Jacques Cheminade. Mais nous ne nous voyions pas consacrer une heure et demie à un candidat dont le poids reste marginal dans la vie politique française. »
  • Nicolas Sarkozy, cité par Le Figaro en avril 2012 : Les conseillers de Nicolas Sarkozy le répètent depuis des semaines : la règle [de l’égalité] fixée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pénalise lourdement le président-candidat, qui se trouve crédité d’un dixième du temps de parole accordé aux candidats dans les médias audiovisuels, et en deviendrait par conséquent« inaudible »« La conception de l’égalité à la française, c’est neuf contre un ! », s’est indigné Sarkozy à Saint-Maurice (Val-de-Marne), où il tenait une réunion publique. « Je passe à la télévision à des heures extraordinaires entre des personnes que je ne connais pas, qui viennent tous les cinq ans, comme une forme de Festival de Cannes », a-t-il ironisé en ciblant les petits candidats. Le président a estimé que cette« démocratie formelle étonne le monde entier (…) Quels sont ces personnages à qui on donne des temps de parole extraordinaires, qu’on n’a pas vus avant, qu’on ne verra pas après ? Quelle curieuse façon d’exprimer la démocratie ! », a-t-il noté.
  • Olivier Ferrand, fondateur de Terra nova, proche du PS, dans Réformer l’élection présidentielle, moderniser notre démocratie (Page 7, Avril 2011) :« il n’est pas normal que Gérard Schivardi (0,34 % des voix aux élections présidentielles de 2007) ait le même temps de parole que Nicolas Sarkozy (31 %, soit cent fois plus). Cette règle de l’égalité formelle du temps de parole est loin d’être généralisée dans les démocraties occidentales. La règle aux Etats-Unis, par exemple, est inverse : la liberté d’expression, garantie par le 1er amendement de la Constitution américaine. Il n’y a pas de limite à cette liberté et les plus “gros” candidats peuvent saturer les médias et faire disparaître les plus “petits”. »
  • Hervé Béroud, directeur de la rédaction de BFM TV, lors d’un entretien avecTélérama le 10 septembre 2015« En 2012, rappelez-vous, on devait accorder autant de temps de parole à Jacques Cheminade, candidat on va dire original, qu’à François Hollande ou Nicolas Sarkozy ! Aberrant. A tel point que beaucoup de chaînes généralistes ont décidé de réduire la parole politique sur leurs antennes au moment le plus crucial, faute de place pour tous ! Le CSA propose aujourd’hui de ramener l’égalité totale aux deux dernières semaines de la campagne, c’est bien suffisant. »
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