Economie

Les charognards à la besogne

Selon Joseph Stiglitz et Martin Guzman, dans un article paru le 11 août sur le site LesEchos.fr, la décision du juge américain Griesa envers l’Argentine (dans l’affaire qui oppose celle-ci au fonds vautour NML de Paul Singer) “encourage un comportement usuraire, menace le fonctionnement des marchés financiers internationaux, et met à mal un principe basique du capitalisme moderne : les débiteurs insolvables doivent être en mesure de prendre un nouveau départ.”

Mais il y a plus, car les mêmes fonds vautours qui ont obtenu, grâce à la complicité du gouvernement Obama et de la Cour Suprême des Etats-Unis, le feu vert pour liquider l’Argentine, se sont discrètement positionnés au cours des 18 derniers mois pour racheter des dizaines voir des centaines de milliards d’euros de mauvaises dettes détenues par les grandes banques européennes, et ce à 3 ou 4 % de leur valeur nominale, pour ensuite user de systèmes judiciaires corrompus afin d’obtenir des décisions leur permettant de forcer leur collecte à leur pleine valeur nominale – comme pour l’Argentine.

Il apparaît désormais, selon plusieurs rapports dans les médias espagnols que le fond vautour NML Capital, ainsi que sa maison-mère Elliott Management (ceux-là mêmes qui sont à l’origine de l’attaque contre l’Argentine), ont acheté au cours de 2013 pour au moins 1,3 milliards d’euros de prêts non performants détenus par la plus grande banque européenne, Banco Santander, et d’autres institutions comme Bankia. Bonne affaire somme toute, puisque Elliott n’a déboursé que 50 millions d’euros, soit moins de 4% de la valeur nominale des prêts ! A cela s’ajoute, fin 2013, le rachat de la société espagnole de recouvrement de dettes Gesif, pour en faire sa base opérationnelle en Espagne en vue d’une nouvelle vague d’« affaires » attendue pour 2014.

La guerre financière menée depuis plusieurs décennies contre les nations pour les  asservir est du pain béni pour les fonds vautours, en particulier les montagnes de dettes artificiellement créées, parfaitement non-remboursables mais qu’ils entendent récupérer par tous les moyens possibles, moyens qui ne manqueront d’évoquer la triste mémoire des fermiers généraux sous l’ancien régime.
Ainsi, l’an dernier, le groupe bancaire Unicredit avait vendu au fonds d’investissement américain Cerberus pour presque un milliard (950 millions) de prêts à la consommation non performants au prix défiant toute concurrence de 80 millions. En effet Unicredit se sépare de son unité de prêts non performants, Unicredit Credit Management Bank (UCCMB), dotée d’un portfolio de plus de 40 milliards d’euros et comptant pour 32 pour cent de tout le marché italien de prêts non performants. Alléchés par la perspective de profits juteux, six fonds vautours de disputent pour le rachat : Apollo Global Management, Fortress Investment Group, Lone Star Group, Cerberus, ainsi qu’un groupe formé de Goldman Sachs, Deutsche Bank et TPG Capital tout ce petit monde de la rente financière y trouvant son compte puisque, grâce cette opération de liquidation d’actifs douteux, les grandes banques pourront passer les stress tests de la BCE prévus courant septembre avec toute la sérénité requise … En effet, quelques 800 milliards d’euros de prêts immobiliers non performants, ainsi que d’autres mauvaises dettes, se trouvent ainsi transférés aux fonds vautours (à noter que les mauvaises dettes dans les bilans des banques de la zone euro atteignent les 1500-2000 milliards d’euros).
Le moment venu, la City et Wall Street pourront alors se ruer sur les pays européens bien “mûrs” après avoir après été délibérément affaiblis par les sanctions imposées contre la Russie, elle-même cible d’une guerre économique visant à la conduire à la cessation de paiement, comme l’a récemment éventé le porte-parole de la City Ambrose Evans-Pritchard.
Un commentateur dénonçait récemment le comportements délinquant des fonds vautours. C’est inexact :  ils sont la forme achevée de ce système prédateur, ils sont ce système.
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