Economie

Le vol, la drogue et la prostitution à la rescousse du système

Ticinonews.ch mettait en ligne le 11 juin dernier un article de l’économiste Alfonso Tuor : « Une nouvelle crise financière est imminente » dans lequel celui-ci mets en garde contre le krach financier à venir et les préparatifs d’un bail-in. Pour Alfonso Tuor, le système financier sera sauvé en pillant l’épargne des citoyens et au moyen de taux d’intérêt faibles, d’actifs surévalués, (etc.) ; et de citer l’économiste de l’UBS George Magnus, comparant le « calme » qui règne actuellement sur les marchés à l’accalmie qui avait précédé la crise de 2007, et l’article de Jacques Attali dans L’Express du 26 mai .
Comme Attali, mais pour des raisons diamétralement opposées, Tuor prévient ses lecteurs : « Il est bon que les déposants et tous les citoyens sachent que la prochaine crise aura un déroulement bien différent de celui de 2008. Alors, les banques centrales et les gouvernements étaient intervenus pour sauver le système financier.
« Aujourd’hui, à la place, les déposants seront appelés à passer à la caisse. Ce parcours (peu connu) a été approuvé tant par les autorités européennes que suisses. Il s’appelle le bail-in. En substance, on répétera ce qui a été expérimenté à Chypre au cours de la dernière crise, quand la faillite des banques était payée par les détenteurs d’obligations, les actionnaires et par un énorme haircut [coupe de cheveux] des dépôts supérieurs à 100 000 francs suisses ou euros. En pratique, il y aura le pillage de l’épargne afin d’éviter des faillites bancaires et une restructuration des dettes publiques à travers un autre haircut de l’épargne. Le monde court après cet objectif, qui plombera l’économie européenne et probablement l’économie américaine [et se traduira] par une déflation similaire aux années 1930. Tout semble indiquer que c’est le port vers lequel les Mario Draghi, les Matteo Renzi et les Angela Merkel naviguent. (…) Est-il possible d’empêcher ce résultat ? Le salut passe par une intervention immédiate pour séparer les activités commerciales des banques (crédit, banque de détail) des activités spéculatives ».

Toutefois, Alfonsor Tuor reste extrêmement sceptique quant à la possibilité d’une telle intervention avant le krach, un pessimisme qui, hélas, ne tient pas compte de la bataille internationale pour la réinstauration de la séparation en deux des banques mais que certains développement peuvent justifier.

En particulier, l’état de décrépitude du système transparaît dans la fuite en avant suicidaire à laquelle l’Union européenne vient de donner un nouveau coup d’accélérateur  en recommandant aux Etats membres d’inclure dans leur PIB les revenus de la drogue et de la prostitution ce qui, grâce au nouveau système comptable de l’Union européenne (SEC 2010), permettra de faire « augmenter » comme par magie le PIB des pays membres dès septembre 2014. Dans dix semaines, les Etats membres auront fourni à Eurostat de nouveaux chiffres, qui comprendront ce que l’on appelle « l’économie non-observée », incluant en partie l’« économie illégale », c’est-à-dire le trafic de drogue, la contrebande et la prostitution. A quand l’inclusion du crime organisé et de la mafia dans le PIB ?

Certes, me direz-vous, les chiffres actuels nous en apprennent très peu sur l’économie réelle dans la mesure où ils incluent les services financiers et autres ce qui signifie que, lorsque l’on parle des chiffres de la « croissance », ils en excluent les chutes dans les secteurs productifs, comme les usines. Et même lorsque le PIB est négatif, comme c’est le cas dans de nombreux pays de la zone euro, les chiffres réels sont bien pires, la disparition de l’industrie étant souvent compensée par une croissance du tertiaire.
Les gouvernements nourrissent ainsi l’illusion aussi confortable que dangereuse que les nouvelles règles leur permettront de dépenser plus, tout en respectant les diktats fiscaux de l’UE, puisque le ratio déficit/PIB décroîtra automatiquement. L’Espagne a déjà annoncé une hausse de 4,5 % de son PIB, tandis que l’Italie « gagnera », selon un article paru dans La Voce de Mario Centorrino entre 24 et 60 milliards d’euros tirés du trafic de drogue, 7,5 milliards de la prostitution et 841 millions de la contrebande de cigarettes ce qui réduirait le rapport déficit/ PIB de 0,03/0,05 points, permettant alors des dépenses supplémentaires de l’ordre de 15 à 31 milliards cette année …
SEC 2010 a introduit deux autres astuces majeures : les dépenses en armement ne sont plus comptées comme des « biens intermédiaires » mais comme des « investissements », et la Recherche et Développement comme « capital » ce qui se traduira pour la Finlande et la Suède, par exemple, par une hausse de 4 à 5% de leur PIB, de 2 à 3% pour la Belgique, le Danemark et la France et de quelque 3 à 4% pour l’Autriche, les Pays-Bas et le Royaume-Unis.
Si pour certains, ce type bien particulier de hausse des dépenses dans la R&D peut sembler positive, il ne fait aucun doute que dans le contexte que connaît actuellement l’UE et l’OTAN, elle sera utilisée à des fins militaires. Quant à la capacité plus grande de dépenses, elles iront … dans le sauvetage de banques !

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