Economie

La City et l’art du deux poids, deux mesures

Le 20 mars, les ministres des Finances de l’Union européenne ont finalisé – sous la pression de la City de Londres – le régime de renflouement interne (bail-in) créé en décembre dernier, en vertu duquel l’argent des déposants bancaires sera confisqué en cas d’insolvabilité de leur banque. Or (quelle surprise!), ceux-là mêmes qui ont promu cette politique essaient de se soustraire en toute discrétion à leur propre politique.
Ainsi, selon le Financial Times du 7 avril, la Grande Bretagne souhaite, en définitive, que la Banque d’Angleterre puisse continuer à renflouer les banques avec l’argent des contribuables (bail-out). « La Grande-Bretagne se heurte aux objections de plusieurs Etats membres, écrit le Financial Times, alors qu’elle se démène pour faire réviser un accord politique conclu en décembre dans le but de protéger le rôle de la Banque d’Angleterre comme prêteur en dernier ressort non reconnu en cas d’urgence. »
Beaucoup craignent que cela n’abroge un « élément fondamental des réformes visant à épargner les contribuables en cas de faillite bancaire. “C’est un foutoir total, un cauchemar, et nous devons décider très vite de ce qu’il convient de faire”, déclarait l’une des personnes impliquées. »
On pourrait penser que les dirigeants britanniques se préoccupent de protéger l’épargne des gens. Mais le Financial Times précise qu’à l’inverse : « Les Britanniques veulent clarifier le fait que les banques centrales pourront accorder des liquidités même en faisant appel à une garantie spécifique du gouvernement, sans pour autant déclencher de décote pour les détenteurs d’obligations », c’est-à-dire pour les investisseurs privés.
Le Danemark et la République tchèque ne veulent pas entendre parler d’exceptions au bail-in, alors que la France, l’Italie, la Suède et le Portugal ont exigé de pouvoir, eux aussi, renflouer les banques sans mettre la main sur les comptes bancaires (à moins que l’on ne s’inquiète ici aussi pour les actionnaires et détenteurs d’obligations ?).
Reste à savoir quelle position prendra Berlin. Le 5 avril, Jan Weidmann, le gouverneur de la Bundesbank, a appelé à la mise en œuvre de manière uniforme et immédiate de la politique du bail-in.
Quoi qu’il en soit, il y a une chose sur laquelle tout ce beau monde est bien d’accord c’est comment sauver des banques gavées de déchets toxiques indépendamment de toutes autres considérations et quel qu’en soit le prix.

Cherchez l’erreur !

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