Economie

Argent et folie

Il y a comme un vent de panique qui souffle dans le petit monde des banquiers alors que se dessine la prochaine crise. Comme nous l’avons dit maintes fois, le système actuel est moribond et face à l’ampleur de la faillite bancaire, il n’y a plus que deux solutions : soit on prend acte que le système en est à sa dernière extrémité et l’on entame une réorganisation en profondeur sur la base de la séparation en deux des banques – le Glass-Steagall – ou bien on continue à essayer de sauver ce système en utiliser le cocktail explosif hyperinflation/coupes budgétaires/spoliation. Ce choix, qui est celui d’un aveuglement suicidaire, est pourtant celui qui est fait, contre toute raison.

Ce choix, qui confine à la pathologie mentale, transparaît dans les mesures suivantes :

1. La Réserve fédérale n’a aucune intention d’arrêter sa politique d’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) massif. Bien au contraire, ce mois-ci elle a acheté aux banques pour 100 milliards de dollars contre ses 85 milliards qu’elle achète habituellement chaque mois.

2. Le FMI a recommandé, avant de se « rétracter », une taxe de 10 % sur l’épargne de tous les ménages. Dans son rapport Fiscal Monitor du 13 octobre (p. 49), on peut lire : « La détérioration notable des finances publiques dans plusieurs pays a ravivé l’intérêt d’un ,,prélèvement de capital’’ – une taxe ponctuelle sur la richesse privée – comme mesure exceptionnelle visant à restaurer la capacité de paiement de la dette. L’attrait d’une telle taxe, si elle est appliquée avant de pouvoir l’éviter et que l’on croit qu’elle ne sera pas répétée, est qu’elle ne dénature pas le comportement (et qu’elle peut être perçue comme étant juste). »

Après de vives protestations, le FMI a fait savoir qu’il ne recommandait pas de « prélèvement de capital ».

3. Le 19 octobre, le quotidien italien La Repubblica révélait qu’une lettre secrète avait été envoyée le mois dernier par le président de la BCE Mario Draghi à la Commission européenne, déconseillant tout bail-in avant la mise en place du Mécanisme européen de résolution. Selon le journal, le président de la BCE n’est pas opposé à faire payer les créanciers lorsque l’Union bancaire européenne atteindra sa vitesse de croisière mais il « craint qu’imposer maintenant ces pertes aux détenteurs d’obligations, potentiellement des dizaines de banques européennes en même temps, puisse déstabiliser les marchés ». Ne nous faisons pas d’illusions, la BCE ne renonce nullement au bail-in, mais elle estime qu’il vaut mieux le faire plus tard et plus discrètement.

4. Les ministres de Finances de l’Union européenne ont définitivement approuvé le 16 octobre le Mécanisme unique de supervision, l’un des « deux piliers » de l’Union bancaire, qui autorise la BCE à superviser 150 banques de la zone euro. Après de nouveaux « stress tests », la BCE devrait demander des centaines de milliards d’euros pour recapitaliser les banques l’année prochaine. D’ici là, les gouvernements devront trouver les moyens de refinancer la dette.

L’UE veut que l’aide aux banques en difficulté ne soit pas comptabilisée dans le budget (voir L’union européenne promeut la comptabilité “hors bilan”). On espère ainsi maintenir à flot les banques jusqu’à la mise en place du Mécanisme de résolution unique, normalement prévu en 2018 mais qui être mis en place dès 2015.

5. Le fonctionnement de ce Mécanisme de résolution unique ne fait néanmoins pas encore l’unanimité car autant la BCE et l’UE soutiennent une entité européenne centrale pour mettre en place les résolutions bancaires et les renflouements internes, autant l’Allemagne y est actuellement opposée. Ceci pourrait toutefois changer à condition de trouver un subterfuge pour contourner l’opposition de la Cour constitutionnelle.

Le Commissaire européen chargé du marché intérieur et des services Michel Barnier a proposé de placer une telle entité sous l’autorité du Mécanisme européen de stabilité (MES).

Ceci permettrait à cette entité jouissant d’un statut juridique à la plus parfaite opacité (le MES est hors  droit national et international, ses dirigeants bénéficient d’une totale immunité mais de pouvoirs discrétionnaires très étendus), de fermer toute banque en Europe selon son bon vouloir, de payer les créanciers avec l’argent des actionnaires, des détenteurs d’obligations et des épargnants, voir d’utiliser les 700 milliards d’euros des contribuables qu’il détient.

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