Economie

Pas de paix ni de sécurité sans Glass Steagall

La dépression économique causée par le laissez-faire de la finance prédatrice s’installe dans la durée et contamine les économies jusqu’ici protégées. Tel est le cas de la Suisse. Le constat des experts et agences helvétiques de conjonctures économiques qui viennent de publier leurs perspectives pour l’année prochaine convergent sur ce point : la croissance du PIB suisse sera affecté par la crise de la zone euro. En particulier, l’organisme Economiesuisse prévoit une baisse de la demande par la zone euro de produits et services suisses qui se traduira par une croissance faible du PIB de 0,6 %, la bonne nouvelle étant que le chômage ne devrait pas augmenter. Dans ce contexte, l’article ci-dessous paru dans le quotidien La libre Belgique du 9 novembre dernier jette une lumière crue sur la perception, en Suisse, de la réalité internationale.

Evidemment, les autorités et l’armée sont dans leur rôle quand elles s’interrogent et se préparent quand aux conséquences multiples de la crise, tout particulièrement en terme de sécurité, mais, ne serait-il pas temps que toutes les forces qui, en Suisse comme ailleurs, défendent la séparation en deux des banques (le Glass Steagall) fassent preuve de courage et se battent pour sa mise en place effective.

Car, seule une politique mettant au pas la finance destructrice et permettant de reconstruire l’économie physique réelle (triade Glass Steagall, crédit productif public et grands projets) peut garantir la sécurité à long terme de la société.

 

La crise en Europe,

menace n°1 pour

l’armée suisse

 

Christophe Lamfalussy

 

Quelles sont les menaces pour la petite Suisse, entourée par l’UE ? Le chef de son armée, André Blattmann, pointe la crise financière.

L’armée suisse estime que la crise financière en Europe, avec la hausse du chômage chez les jeunes qu’elle entraîne et la montée en puissance des partis ultranationalistes, constitue la principale menace à la sécurité de la Suisse. C’est ce qu’est venu dire mercredi à Bruxelles, un militaire controversé dans son pays et qui a son franc-parler : le chef de l’armée suisse, le commandant André Blattmann, invité à parler à la Chambre de commerce belgo-suisse.

“Pour moi”, a-t-il dit, “le risque le plus grand est la crise de l’endettement. L’Italie comptabilisait à la fin de l’an passé une dette de 1900 milliards d’euros. Dans son budget de 2012, 80 milliards sont prévus pour le seul paiement des intérêts de la dette La Suisse, elle, a un budget de 62 milliards de francs”. De cette crise, pronostique-t-il, peut naître le désespoir, qui peut entraîner des phénomènes de radicalisation. Exemples : le parti néonazi “Aube Dorée”, qui vient d’entrer au Parlement grec avec 7 % des voix, et le parti d’extrême-droite hongrois Jobbik, qui a été créé en 2003. “Nous avons déjà vécu cela en Europe”, a-t-il dit. “À mon avis, il faut être prêt à réagir”. Certes, les pays de l’UE promettent d’investir pour sortir de la crise “mais ils n’ont pas d’économies”, constate-t-il.

La Suisse est dans une bien meilleure posture. Une analyse de Standard & Poors, diffusée jeudi, relève que “l’économie suisse est plus forte aujourd’hui qu’elle ne l’était avant la crise financière”, même si on note des signes de ralentissement au 2e semestre de 2012 “en raison de la faiblesse des économies de la zone euro et du ralentissement des pays émergents”.

André Blattmann, 56 ans, issu de la Suisse alémanique, conservatrice et opposée à l’entrée de la Suisse dans l’UE, n’en est pas à son coup d’essai.

En 2010, l’armée suisse avait utilisé dans ses PowerPoint une carte des pays constituant une menace pour la tranquille Confédération. Y figuraient la Grèce, d’où pourrait provenir “un flot de réfugiés sans précédent”, mais aussi l’Espagne, l’Italie, la France et le Portugal. Rebelote en septembre dernier, quand l’armée a mené un exercice avec 2000 soldats, intitulé Stabilo Due, sur base d’un scénario impliquant qu’une guerre en Europe, provoquerait l’instabilité et des attentats dans ce pays qui n’a plus connu la guerre depuis 160 ans.

“Si le chef de l’armée belge avait tenu des propos pareils”, réagit un Belge ayant assisté au discours de la Chambre de commerce belgo-suisse, “il aurait dû démissionner (…) C’est presque insultant pour les pays voisins. La Suisse est entourée par l’UE et bénéficie d’une certaine façon de la crise en accueillant des gens riches qui viennent placer leur argent. Cela dit, dans les cantons conservateurs suisses, son message passe bien”.

Dans son exercice de prospective, l e commandant suisse cite d’autres risques pour la sécurité de son pays : les cyberattaques, le réarmement de l’Asie, la prolifération des Manpads (missiles surface-air tirés à l’épaule) et les flux migratoires.

Il ainsi souligné que l’armée suisse ne pourrait pas ouvrir à la main les portails de ses caches pour avions de chasse dans la montagne en cas d’une cyberattaque. Et cette menace-là est réelle : en Suisse, le ministère des Affaires étrangères a déjà subi deux attaques de ce genre.

Le commandant suisse a aussi noté que plusieurs Manpads ont disparu de l’arsenal libyen. Dans de mauvaises mains, ils pourraient servir à abattre un avion civil. Sur les flux migratoires, il a précisé que la Suisse serait mal placée pour fermer ses portes aux étrangers car “il y a deux siècles, c’étaient les Suisses qui émigraient pour aller chercher du travail”. L’armée suisse compte d’ailleurs 15 % de recrues “avec un background migratoire”.

Contrairement à la Belgique, qui a une armée de métier, la Suisse dispose d’une milice. Le service militaire est obligatoire, incluant un entraînement de quatre mois et plusieurs rappels. Chaque réserviste garde chez lui son arme – une tradition qu’aucune votation n’a pu modifier. L’armée compte 154 000 soldats et cadres actifs, plus une réserve de 31 000 soldats et 20 000 recrues. Seuls les pilotes d’avion sont des professionnels. Parce que la Suisse est neutre, une armée professionnelle est impensable, estime André Blattmann. “Que ferait-on avec une armée professionnelle si on n’a pas d’engagements ? Une armée professionnelle, sans engagement, est une armée dangereuse”.

Mais comme en Belgique, certains députés souhaitent raboter les moyens de l’armée – jusqu’au Parti socialiste suisse qui a inscrit l’abolition de l’armée dans son programme de 2010. Ceci explique – aussi – pourquoi le chef de l’armée suisse se lance dans de tels plaidoyers.

 

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